Né sous les coups de marteaux des chantiers Dubigeon à Nantes, le Belem est alors un pur produit de la marine marchande française. Petit, robuste et racé, ce trois-mâts barque à coque d’acier est surnommé le « yacht de l’armement » tant son élégance tranche avec les cargos de l’époque.
Sous les ordres du capitaine Chauvelon, il brave l’Atlantique pour rapporter les fèves de cacao du Brésil et des Antilles pour le chocolatier Menier. Sa légende s’écrit dans le feu et les cendres : il survit miraculeusement à un incendie dévastateur en mer et échappe de peu à l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. À cette époque, le Belem est un travailleur de la mer, porté par la sueur de ses 13 hommes d’équipage.
Alors que la vapeur remplace la voile, le Belem entame une métamorphose spectaculaire. Racheté par le Duc de Westminster, puis par Sir Arthur Ernest Guinness, il abandonne ses cales à marchandises pour le confort des salons de réception.
Il devient le Fantôme II, un yacht de plaisance luxueux qui sillonne le globe. C’est durant cette période dorée qu’il subit ses plus grandes transformations : l’installation de moteurs, la création d’un escalier monumental en acajou et l’aménagement de cabines raffinées. Il devient un navire de prestige, accueillant à son bord l’élite mondiale et réalisant même un tour du monde, symbole d’une liberté absolue sur les océans.
Après un passage sous pavillon italien (sous le nom de Giorgio Cini), le Belem rentre enfin au pays en 1979 grâce au mécénat des Caisses d’Épargne. Désormais classé Monument Historique, il ne transporte plus de cacao, mais un héritage.
Aujourd’hui, sous l’égide de la Fondation Belem, il est le dernier grand voilier français du XIXe siècle encore en activité. Véritable navire-école, il permet à des milliers de stagiaires de découvrir la navigation traditionnelle. Ambassadeur de la France sur toutes les mers du globe, il a récemment marqué l’histoire en transportant la Flamme Olympique pour les Jeux de Paris 2024, prouvant que sa silhouette centenaire est plus éclatante que jamais.